Réacteurs au-delà de 60 ans : l’ASNR met le vieillissement des équipements au centre

Peut-on faire tourner un réacteur nucléaire plus de 60 ans ? L’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) a donné une première réponse le 22 octobre : en l’état des connaissances, elle n’a pas trouvé d’obstacle qu’EDF ne pourrait pas lever. Mais derrière cette phrase, il y a surtout un énorme chantier de maintenance, de surveillance et de suivi du vieillissement des équipements. Et le public peut encore donner son avis jusqu’au 2 décembre.

Une consultation ouverte jusqu’au 2 décembre #

D’après le communiqué de l’ASNR, la consultation porte à la fois sur le dossier remis par EDF et sur le projet d’avis du gendarme du nucléaire. Elle court du 22 octobre au 2 décembre 2026. Elle concerne les 56 réacteurs de deuxième génération du parc, mis en service pour la plupart dans les années 1980.

Le président de l’ASNR, Pierre-Marie Abadie, insiste sur un point repris par Actu.fr : ce n’est « pas une autorisation de prolongation anticipée ». En France, les réacteurs n’ont pas de durée de vie fixée d’avance. EDF doit faire un examen approfondi tous les dix ans, et c’est à l’issue de chacun que l’ASNR peut encadrer la suite. L’objectif, ici, est d’anticiper, pour qu’EDF ait le temps de mener ses études avant le sixième réexamen périodique, qui doit commencer vers 2040 sur le premier réacteur concerné, selon l’ASNR.

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Les équipements qu’on ne remplace pas #

Pour une équipe de maintenance, le cœur du sujet est simple : un composant usé se change, sauf quand on ne peut pas le changer. C’est précisément sur ces pièces-là que l’ASNR concentre son analyse. Le président de l’autorité cite, dans Actu.fr, le vieillissement d’équipements ou de structures essentiels pour la sûreté et « difficilement ou non remplaçables », comme la cuve du réacteur, le puits de cuve ou certains coudes du circuit primaire.

La cuve, premier enjeu

La Revue générale nucléaire de la Sfen détaille les pistes d’EDF. Pour la cuve, l’électricien propose notamment de chauffer l’eau d’injection de sécurité, afin de limiter les chocs thermiques, ou d’affiner ses méthodes de calcul. L’ASNR juge ces solutions recevables dans leur principe, mais demande des essais et des justifications complémentaires.

Coudes, câbles et enceintes sous surveillance

Toujours selon la Sfen, d’autres éléments demandent des études ou une surveillance renforcée : certains coudes du circuit primaire, les câbles électriques et l’intégrité des enceintes de confinement. L’enjeu est de mieux connaître les défauts possibles et de confirmer que les solutions de réparation tiennent dans la durée. C’est exactement la logique de la maintenance préventive conditionnelle : mesurer, suivre l’évolution d’une dégradation, et intervenir avant qu’elle ne devienne un problème.

Pierre-Marie Abadie le résume ainsi dans Actu.fr : il faut « poursuivre l’effort de vigilance et de détection au plus tôt des évolutions et des phénomènes de dégradation et de vieillissement ». Il rappelle que c’est une condition nécessaire pour un parc « extrêmement standardisé ». Un défaut trouvé sur un réacteur peut en effet concerner d’autres unités de la même série.

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Plus de modulation, plus de contraintes #

Un autre facteur change la donne : les réacteurs varient de plus en plus leur production. « Les réacteurs nucléaires français sont habitués à moduler […] mais ce phénomène s’accroît avec l’arrivée des renouvelables », explique le président de l’ASNR à la Sfen. Faire monter et descendre la puissance plus souvent, c’est plus de cycles thermiques et mécaniques pour les composants. Les premières études d’EDF ne montrent pas d’effet majeur sur les pièces les plus difficiles à remplacer, mais ces résultats doivent encore être consolidés.

Le climat, sujet le plus incertain #

Le changement climatique est le point sur lequel l’ASNR reconnaît le plus d’incertitudes à long terme. Elle demande à EDF d’approfondir ses analyses sur les sécheresses, la hausse de la température de l’eau et les tensions sur la ressource en eau, ainsi que sur la faisabilité des adaptations prévues, rapporte la Sfen. Parmi les leviers cités par l’autorité dans Actu.fr : des changements d’équipements ou le renforcement des retenues d’eau en amont des centrales.

D’abord la quatrième visite décennale #

Avant de parler de 60 ans, il faut passer les 40 ans. EDF doit d’abord mener la quatrième visite décennale (VD4), qui ouvre la voie à un fonctionnement jusqu’à 50 ans. À Flamanville, ces grands contrôles des réacteurs n° 1 et 2 sont prévus en 2028 et 2029, précise Actu.fr.

Ce que l’étranger a déjà fait #

La France n’est pas seule à se poser la question. La Sfen rappelle qu’aux États-Unis, certains réacteurs sont autorisés à fonctionner jusqu’à 80 ans, après deux prolongations successives de leur licence. En Finlande, les deux réacteurs de Loviisa ont obtenu en 2023 une prolongation jusqu’à fin 2050, soit environ 70 et 73 ans de fonctionnement selon l’unité.

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Une leçon pour tous les sites industriels #

Au-delà du nucléaire, ce dossier rappelle une règle que connaissent bien les responsables maintenance : la durée de vie d’une installation dépend moins de son âge que de la qualité du suivi. Repérer tôt les équipements critiques non remplaçables, documenter leur état, suivre les dégradations dans le temps et préparer les grands arrêts des années à l’avance, c’est ce qui permet de prolonger une installation sans prendre de risque. Reste maintenant l’avis définitif de l’ASNR, attendu après la consultation, et très attendu par EDF.

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