Spino, le drone qui veut prendre la place des cordistes pour l’inspection industrielle

Mesurer la corrosion d’une structure métallique en haut d’une raffinerie, contrôler les pales d’une éolienne en mer, inspecter une conduite forcée à l’intérieur d’une usine : autant de tâches qui mobilisent aujourd’hui des cordistes, des nacelles ou des échafaudages. Un drone d’un genre nouveau, baptisé Spino, entend en prendre une partie à sa charge. Le centre Inria de l’Université de Rennes vient de consacrer un article à ce robot aérien et à la jeune entreprise qui le porte, Physicae.

Un drone qui pousse, et pas seulement qui regarde #

La plupart des drones d’inspection se contentent de filmer ou de photographier. Spino, lui, est un quadricoptère omnidirectionnel capable d’exercer des forces. C’est ce qui lui permet, selon la lettre Émergences d’Inria, d’effectuer des travaux aériens jusqu’ici réservés aux cordistes.

L’exemple donné est parlant pour tout responsable maintenance. Pour mesurer l’épaisseur résiduelle d’une paroi, le robot vient appuyer, à l’aide d’un bras, une sonde ultrasonique contre la structure. Dans le même temps, il applique le gel de couplage nécessaire à la mesure et pousse pour chasser les bulles d’air. Le pilote, de son côté, dispose d’un retour haptique sur sa télécommande : il ressent l’effort exercé par la machine.

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Le même principe sert aux contrôles non destructifs sur les pales d’éoliennes en mer, pour détecter sous la peinture d’éventuelles microfissures dans la fibre de verre.

Tenir face au vent, le vrai verrou #

Un problème de mathématiques avant d’être un problème de moteurs

Pour savoir où il se trouve, un drone classique s’appuie sur un estimateur d’état. Or, quand une force importante s’exerce sur la machine, elle crée un pic dans les données que le logiciel ne sait pas absorber : l’estimation diverge et l’appareil chute. L’équipe a donc dû concevoir un nouveau type d’estimateur pour lever ce verrou.

Résultat annoncé : Spino compose avec des rafales atteignant 100 km/h, et peut donc continuer à travailler en plein hiver. Pour un site industriel, c’est la différence entre une intervention planifiée et une intervention repoussée à la prochaine fenêtre météo.

Tripler les jours d’intervention

Le gain est chiffré pour un usage précis, le nettoyage de surfaces. Les prestataires qui fixent un jet d’eau sur un drone ordinaire sont limités, à cause des perturbations, à environ 70 jours ouvrés par an. Spino permettrait de tripler ce chiffre, en compensant à la fois le vent et la poussée du jet pour rester en position.

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Voler sans GPS à l’intérieur des usines #

La machine embarque désormais un lidar à 360°, qui lui permet d’intervenir là où le signal satellite ne passe pas. C’est le cas des conduites forcées à l’intérieur des usines, où d’épais murs de béton bloquent le GPS. Pour la maintenance préventive, cela ouvre l’accès à des zones confinées qu’on n’inspecte aujourd’hui qu’au prix d’une consignation lourde et d’une intervention humaine en espace confiné.

Plusieurs de ces fonctions ont fait l’objet de preuves de concept avec de grands groupes industriels français, en particulier dans l’énergie, et deux brevets viennent d’être déposés. Prochaine étape évoquée : faire voler deux appareils en tandem, pour reproduire des gestes que les techniciens réalisent habituellement à deux mains.

De la thèse à la start-up #

Le robot est issu des travaux de thèse de Julien Mellet à l’Université de Naples, dans le cadre du projet européen Aero-Train. Le dispositif de pilotage haptique a fait l’objet d’une publication scientifique cosignée avec Andrea Berra, devenu depuis l’ingénieur du projet.

Accompagné par l’Inria Startup Studio depuis fin 2024, en lien avec l’équipe de robotique Rainbow du centre Inria de Rennes, le projet a été lauréat en 2025 du concours d’innovation i-PhD de Bpifrance. La société doit être officiellement lancée prochainement, puis chercher environ deux millions d’euros d’investissement.

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Physicae se positionne comme fabricant de matériel, pas comme prestataire de services. Spino serait commercialisé aux alentours de 15 000 euros avec ses équipements complémentaires.

Ce que cela change pour les services maintenance #

Il est trop tôt pour parler de remplacement des cordistes : le produit n’est pas encore commercialisé et les essais restent des preuves de concept. Mais la tendance est nette. Le drone ne sert plus seulement à repérer un défaut, il commence à réaliser la mesure elle-même, au contact de la structure.

Pour un responsable maintenance, plusieurs questions se poseront le jour où ce type d’outil arrivera sur site. Quelle traçabilité pour les mesures d’épaisseur réalisées par un robot, et comment les intégrer à la GMAO ? Quelles procédures de sécurité pour un drone qui travaille au contact d’équipements en service ? Et quelle formation pour les télépilotes, qui devront maîtriser à la fois le vol et le contrôle non destructif ?

Le fondateur, lui, ne manque pas d’ambition. « Le marché est monstrueux », résume Julien Mellet, qui estime que l’inspection et la maintenance industrielles représentent 6 % du PIB mondial. Un chiffre à prendre comme l’argument d’un entrepreneur, mais qui rappelle le poids économique d’une fonction souvent considérée comme un simple centre de coûts.

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