Le 28 octobre 2026, Safran Landing Systems a inauguré deux installations en Malaisie : l’extension de son usine de disques de frein carbone de Sendayan et un centre de maintenance, réparation et révision (MRO) dédié aux freins carbone à Nilai, près de l’aéroport international de Kuala Lumpur. Au total, 136 millions d’euros. Pour qui s’intéresse à la maintenance industrielle, l’annonce est intéressante parce que la fabrication et la remise en état y sont pensées ensemble, comme une seule chaîne.
Plan de l'article
Ce qui a été inauguré #
D’après le communiqué diffusé le 28 octobre, la plus grosse part de l’enveloppe, 134 millions d’euros, va à Sendayan. Le site gagne 7 000 m² d’ateliers, avec une ligne de production textile, des fours de carbonisation et de nouveaux moyens d’usinage. L’objectif est de doubler la production de disques de frein carbone d’ici 2028. L’usine emploie aujourd’hui 160 personnes.
Le second site est beaucoup plus petit : 1 000 m² et 2 millions d’euros à Nilai, à une vingtaine de kilomètres de Sendayan. C’est là que les freins carbone des compagnies aériennes de la région seront démontés, contrôlés, réparés puis remis en service. Sendayan lui fournit les disques neufs et rénovés dont il a besoin. Safran prévoit d’atteindre 220 salariés en Malaisie d’ici 2030 sur les deux sites, comme le rappellent Boursorama et Le Journal de l’Aviation.
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Un frein carbone, ça s’use et ça se rénove #
Sur un avion de ligne, chaque frein est un empilement de disques en composite carbone-carbone, que l’on appelle le puits de chaleur. À chaque atterrissage, ces disques absorbent l’énergie cinétique de l’appareil et la transforment en chaleur. Ils s’usent peu à peu jusqu’à une cote minimale, puis l’ensemble est déposé et envoyé en atelier.
Le puits de chaleur n’est pas jeté pour autant. En atelier, on le démonte et on mesure l’épaisseur de chaque disque. Ceux qui sont encore dans les tolérances sont réutilisés. Les plus usés sont réusinés ou remplacés par des pièces neuves ou reconditionnées, puis le frein est remonté et contrôlé avant de reprendre du service. C’est ce que le communiqué appelle la rénovation de puits de chaleur, et c’est exactement le travail que Sendayan et Nilai vont se partager.
Pourquoi rapprocher l’usine et l’atelier
Placer le centre MRO à vingt kilomètres de l’usine, c’est d’abord raccourcir la logistique. Un frein déposé n’a pas besoin de traverser un océan pour être rénové, et les disques de remplacement sont disponibles tout près. Pour une compagnie aérienne, cela veut dire un stock de rechange plus faible et des freins indisponibles moins longtemps.
C’est aussi un moyen de faire remonter l’information. Ce que les techniciens relèvent à la remise en état (profils d’usure, défauts, pièces rebutées) arrive directement à ceux qui fabriquent les disques. N’importe quel responsable maintenance en usine connaît ce principe : plus le retour d’expérience du terrain est rapide, plus vite on fiabilise l’équipement.
Les flottes concernées #
Selon le communiqué, les deux sites desserviront une centaine de compagnies aériennes en Asie-Pacifique. Elles exploitent des Airbus A320, A321 et A350, des Boeing 737, 777 et 787 et des ATR. François Bastin, directeur général de Safran Landing Systems, y affirme que « la Malaisie joue un rôle stratégique dans l’empreinte industrielle mondiale de Safran Landing Systems ».
Sendayan est le troisième site de production de disques de frein carbone du groupe, après Villeurbanne, dans le Rhône, et Walton, dans le Kentucky. Le dirigeant de l’agence malaisienne de développement des investissements (MIDA), Datuk Sikh Shamsul Ibrahim Sikh Abdul Majid, y voit « un signal fort de confiance envers la Malaisie », puisque le groupe agrandit une usine et en ouvre une autre la même année.
Le volet énergie #
Les fours de carbonisation font partie des procédés industriels les plus gourmands en énergie. Safran indique que les émissions de Sendayan sur les scopes 1 et 2 (en méthode « market-based ») ont baissé de 60 % entre 2018 et 2025. Le groupe l’explique par le recours à des sources d’énergie locales bas carbone et par la récupération des gaz de procédé. D’autres capacités d’énergie durable sont prévues d’ici 2030.
La récupération des gaz de procédé est un bon exemple pour les sites industriels. Ce qui partait jusque-là en perte devient une ressource. En contrepartie, il faut suivre de près les équipements qui la rendent possible : brûleurs, échangeurs, circuits de collecte. Ils relèvent alors directement de la maintenance préventive, car si l’un d’eux tombe en panne, c’est le bilan énergétique du site qui en pâtit.
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Ce qu’on peut en retenir pour la maintenance industrielle #
L’annonce de Safran va dans le même sens que ce que l’on observe dans beaucoup d’autres secteurs. La valeur se déplace vers le cycle de vie de l’équipement : combien de fois une pièce peut être rénovée, en combien de temps, et à quelle distance de l’utilisateur. Pour un frein d’avion comme pour une pompe ou un réducteur en usine, le coût total dépend autant de la qualité de la remise en état que de celle de la pièce neuve.
Doubler la capacité de production d’ici 2028 tout en ouvrant un atelier de réparation de proximité, c’est miser sur un parc d’avions qui grandit en Asie et sur des freins que l’on rénove plusieurs fois plutôt que de les remplacer. Il faudra voir dans les prochaines années si le centre de Nilai tient ses promesses de délais.



